Il y a un automne où je n’ai pas marché plus de dix minutes d’affilée pendant presque six mois. Pas par choix : la fatigue s’était installée et chaque sortie me coûtait. Quand j’ai voulu m’y remettre, j’ai compris que reprendre une activité physique n’a pas grand-chose à voir avec en commencer une. Il ne s’agissait pas de me motiver. Il s’agissait de redescendre à un niveau que je trouvais humiliant, et d’y rester assez longtemps pour que ça tienne.
Pourquoi reprendre une activité physique est un exercice à part
Quand on n’a jamais rien fait, on part de zéro et on ne se compare à personne. Quand on a arrêté, on se compare à soi — à la version de soi qui montait la côte du retour sans y penser. C’est exactement ce qui m’a bloquée pendant des semaines. J’avais en tête la distance que je faisais avant, et toute sortie plus courte ressemblait à un constat d’échec.
Le déblocage est venu d’une bêtise, et je l’assume. J’ai décidé d’arrêter de compter en kilomètres pour compter en sorties. Une sortie de huit minutes valait une sortie d’une heure dans mon carnet : une croix, pas une performance. Trois semaines plus tard j’avais dix-sept croix, et je n’avais plus du tout envie d’aller regarder les distances. Je ne sais pas si ce genre de truc marche chez les autres. Chez moi, c’est ce qui a changé la donne.
Les premières semaines, concrètement
J’ai commencé par le trajet le plus bête possible : le tour du pâté de maisons, le soir, après le dîner. Dix minutes à l’aller, dix au retour, le même itinéraire chaque fois pour ne rien avoir à décider. C’est probablement la partie la plus utile de toute l’histoire. J’avais supprimé toutes les décisions — pas de tenue à choisir, pas de parcours, pas d’horaire à négocier avec moi-même. Il ne restait qu’à sortir.
La deuxième semaine, j’ai ajouté une sortie le matin, plus lente, en allant chercher le pain. La troisième, je me suis crue tirée d’affaire : j’ai voulu allonger, j’ai doublé la durée d’un coup, et je me suis fait mal au mollet gauche. Dix jours de perdus. C’est l’erreur dont je me souviens le plus précisément, et c’est aussi la plus banale qui soit. Si je devais ne retenir qu’une chose de cet épisode, ce serait celle-là : la progression que je m’autorisais était largement plus rapide que celle que mes jambes acceptaient.
Ce n’est qu’après, quand marcher était redevenu une habitude et non plus un projet, que j’ai cherché quelque chose de plus engageant. C’est à ce moment-là que j’ai essayé les bâtons, et j’ai raconté ailleurs ce que la marche nordique m’a apporté. Dans l’ordre inverse, je suis à peu près certaine que je n’aurais pas tenu une semaine.
Ce que disent les sources publiques
Une fois l’habitude installée, j’ai voulu savoir si ce que je faisais ressemblait à quelque chose de sérieux. Je suis allée lire les repères d’activité physique publiés par Santé publique France. Je les reformule avec mes mots, en non-spécialiste : pour un adulte, ce qui compte, c’est le cumul d’activité d’endurance sur la semaine, un peu de renforcement musculaire, et surtout la réduction du temps passé assis sans bouger.
Deux choses m’ont frappée. La première, c’est qu’il n’y est question de performance à aucun moment. On parle de volume et de régularité, pas de vitesse ni de niveau. La seconde, c’est que « réduire le temps passé assis » apparaît comme un objectif à part entière, distinct de l’activité elle-même. Autrement dit, mes dix minutes du soir n’étaient pas un échauffement avant la vraie chose. Elles étaient déjà la vraie chose, et personne ne me l’avait dit comme ça.
Je précise que je lis ces publications comme n’importe qui : elles sont publiques et écrites dans une langue accessible, mais il est tout à fait possible que j’en aie mal saisi une nuance. Et pour toute situation personnelle — en particulier après un arrêt lié à un souci de santé — c’est l’avis de quelqu’un en mesure de l’évaluer qui compte, pas le mien.
Ce qui a tenu chez moi
Avant la liste, une réserve qui a son importance : ce qui suit décrit ce qui a marché pour moi, dans ma ville, avec mes horaires et mon corps. Ce n’est pas un programme, et je n’ai aucune raison de penser que ça convient à quelqu’un d’autre.
- Le même itinéraire, toujours. Tant que la sortie restait une décision à prendre, je trouvais une raison de ne pas la prendre. Un trajet fixe l’a transformée en réflexe.
- Compter les sorties, pas les distances. Une croix par sortie, sans durée ni kilomètres à côté. Le carnet devenait encourageant au lieu d’être un relevé de contre-performances.
- Un seuil ridiculement bas. Dix minutes. Assez bas pour qu’aucune soirée ne soit une excuse valable, et c’est précisément ce que je cherchais.
- Le soir plutôt que le matin. J’ai essayé l’inverse pendant quinze jours et je n’y suis jamais arrivée. Je ne défends pas le soir en général : c’est juste le seul créneau que je n’annule pas.
- Ne rien acheter. J’ai marché des mois en baskets de ville. L’achat, chez moi, sert surtout à remplacer le fait de commencer.
Ce qui n’a pas tenu
Les applications. J’en ai essayé trois, et les trois m’ont ramenée exactement là où je ne voulais pas aller : des objectifs chiffrés, des moyennes hebdomadaires, une notification pour m’annoncer que ma semaine était moins bonne que la précédente. J’ai désinstallé et je ne suis pas revenue dessus.
Les séances à la maison n’ont pas marché non plus. Je n’arrive pas à bouger dans la pièce où je travaille, et ça n’a rien à voir avec le contenu de la séance. Ça ne veut pas dire que le format ne vaut rien : j’ai accompagné ma mère pendant plusieurs mois et la gym douce lui convient infiniment mieux qu’à moi. J’ai aussi fini par essayer le vélo elliptique, qui ne m’a vraiment servi qu’en janvier, quand il fait nuit à dix-sept heures et que sortir devient une négociation.
Ce que je ne sais toujours pas
Je ne sais pas si la méthode des croix aurait tenu sans l’épisode de fatigue derrière, c’est-à-dire sans une très bonne raison de ne pas me comparer à qui que ce soit. Peut-être que ce qui m’a sauvée, c’est simplement d’avoir été incapable de faire plus.
Je ne sais pas davantage à partir de quand il vaut mieux ne pas s’y remettre seule. Mon arrêt était lié à une fatigue durable, sans rien d’autre, et je n’ai aucun élément pour dire ce que ça donne dans d’autres circonstances. Le mot « reprise » revient souvent dans ce que j’ai lu, et je l’emploie ici au sens où je l’ai rencontré dans ces documents, pas au sens de quelque chose que j’aurais appris en le pratiquant sur d’autres.
Si vous vous y êtes remis après un long arrêt et que ça s’est passé autrement — ou si vous avez abandonné et que vous savez à quel moment ça a lâché — racontez-moi, le formulaire est là pour ça. Et si vous voulez voir comment je choisis mes sources avant d’écrire un billet comme celui-ci, c’est expliqué sur ma page méthode.