Marche rapide : la vitesse que je croyais tenir et celle que je tiens

Pendant des années, j’aurais juré marcher vite. Puis j’ai commencé à noter mes trajets, et j’ai découvert que ma marche rapide tournait autour de cinq kilomètres-heure, pas davantage. L’écart entre la vitesse que je croyais tenir et celle que je tenais réellement m’a occupée plusieurs semaines.

Comment j’ai mesuré

Rien de sophistiqué. J’ai repéré un tronçon de quai que je parcours souvent, j’en ai relevé la longueur sur une carte, et je me suis chronométrée à plusieurs reprises, à des moments différents de la journée. J’ai refait l’opération sur un deuxième parcours, en ville, avec des feux et des traversées.

Les deux résultats n’ont rien à voir. Sur le quai, sans arrêt, je suis à six kilomètres-heure environ quand je force un peu. En ville, le même effort ressenti donne quatre et demi, parce que je m’arrête tout le temps. C’est la première chose que j’ai apprise : la vitesse moyenne d’un trajet urbain ne dit presque rien de l’allure à laquelle on marche.

La vitesse de marche rapide selon les repères publics

Je suis ensuite allée voir ce que disent les documents officiels. Les recommandations d’activité physique que publie Santé publique France ne raisonnent pas d’abord en kilomètres-heure — ce qui m’a surprise — mais en intensité ressentie.

La formulation que j’ai retenue, reformulée avec mes mots : une activité d’intensité modérée est une activité pendant laquelle on peut encore parler, mais pas chanter. La marche rapide y est donnée comme exemple typique. Le chiffre en kilomètres-heure n’est qu’une façon commode de s’en approcher, variable selon la taille, l’âge et le terrain.

Ça m’a fait relativiser ma déception. Mes cinq kilomètres-heure sur le quai correspondent assez bien au test de la conversation : j’y parle, je n’y chante pas. Le repère subjectif marche mieux que ma montre.

Je rappelle que je lis ces textes en amatrice. Ils sont publics et lisibles, mais ma reformulation reste la mienne.

Ce qui fait varier l’allure sans qu’on s’en aperçoive

Avant la liste, la réserve habituelle : ce sont des observations faites sur moi seule, sur quelques mois, avec un chronomètre et une carte. Ça ne constitue rien d’autre.

  • Les chaussures. Entre une paire souple et une paire à semelle épaisse, j’ai mesuré près d’un demi-kilomètre-heure d’écart sur le même tronçon.
  • Le sac. Un cabas porté sur un seul bras me ralentit nettement plus qu’un sac à dos de poids équivalent.
  • L’heure. Je marche plus vite le matin. Je n’ai aucune explication à proposer, c’est simplement ce que montrent mes relevés.
  • Le fait d’écouter quelque chose. Avec un podcast parlé, je ralentis. Je n’y aurais pas pensé seule.
  • Le vent sur le quai. Évident une fois dit, invisible avant de mesurer : face au vent d’ouest, je perds facilement dix pour cent.

Le test de la conversation, en pratique

Puisque les repères publics raisonnent en intensité ressentie plutôt qu’en kilomètres-heure, j’ai voulu savoir si ce fameux test de la conversation tenait debout sur le terrain. J’ai demandé à une amie de m’accompagner sur le quai et de me faire parler pendant qu’on marchait.

Résultat : le seuil est beaucoup plus bas que je ne l’imaginais. À cinq kilomètres-heure, je parle sans difficulté, par phrases complètes. Vers six, mes phrases raccourcissent sans que je m’en rende compte — c’est mon amie qui l’a remarqué, pas moi. Au-delà, je réponds par monosyllabes et je ne l’avais jamais perçu comme un essoufflement.

Ce décalage entre ce que je ressentais et ce qu’un témoin extérieur observait m’a appris plus que tous mes chronométrages. Seule, j’aurais continué à croire que je parlais normalement.

Marcher plus vite ou marcher plus longtemps

La question que je me posais au départ était mal formulée. Je cherchais une allure cible, comme si un chiffre allait me dire si je faisais les choses correctement. Ce que j’ai fini par comprendre, en relisant mes propres relevés, c’est que ma vitesse variait beaucoup moins que ma durée.

Sur trois mois, mes allures tiennent toutes entre quatre et six kilomètres-heure selon le terrain. Mes durées, elles, vont de douze minutes à une heure quarante. Autrement dit, la variable sur laquelle j’ai réellement prise, c’est le temps que je passe dehors — pas la vitesse à laquelle je le passe.

Depuis que je raisonne ainsi, j’ai arrêté de rentrer déçue d’une sortie lente. Une heure à quatre et demi compte davantage, dans ma semaine, qu’un quart d’heure à six.

Ce que j’ai changé depuis

J’ai arrêté de viser un chiffre. Je me sers du test de la conversation, qui a l’avantage de fonctionner sans matériel et de s’ajuster tout seul aux jours où je suis fatiguée. Quand je veux une sortie plus engagée, je prends les bâtons, pour les raisons que j’ai racontées à propos de la marche nordique.

J’ai aussi cessé de comparer mes trajets urbains à mes trajets sur le quai. Ce sont deux activités différentes, et les mettre dans le même tableau ne m’apprenait rien.

Dernier point sur la mesure elle-même : je ne me fie plus à l’estimation automatique de mon téléphone. Sur le même tronçon de quai, chronomètre en main, j’ai relevé des écarts de l’ordre de quinze pour cent avec ce qu’il affichait. Je ne sais pas d’où vient la différence — le signal le long de l’eau, la façon dont l’application lisse les trajets — mais deux outils qui ne disent pas la même chose, c’est une raison suffisante pour se méfier des deux.

Ce qui reste flou pour moi

Je ne sais pas ce que vaut vraiment le fait d’accélérer par rapport au fait de marcher plus longtemps. Les deux reviennent dans ce que je lis, rarement l’un contre l’autre. Si quelqu’un a une lecture claire là-dessus, je suis preneuse.

Et je ne sais pas du tout à partir de quelle allure une marche rapide devient déconseillée pour une personne donnée. Cette question ne m’appartient pas : elle se pose à quelqu’un en mesure d’examiner la situation concrète. Moi, je mesure un quai nantais avec un chronomètre.

Mes relevés, mes approximations et la façon dont je vérifie avant d’écrire sont détaillés sur ma page méthode. Et si vous vous êtes chronométré aussi, dites-moi ce que ça a donné.