Mes bâtons de marche nordique, six mois après l’achat

J’ai acheté mes premiers bâtons de marche nordique un samedi de février, dans un magasin de sport de la banlieue grenobloise, après vingt minutes d’hésitation devant un présentoir qui en proposait six modèles à des prix allant du simple au quadruple. Le vendeur m’a demandé ma taille, a fait un calcul mental, et m’a tendu une paire en aluminium à soixante euros. Six mois plus tard, je sais à peu près ce que je tenais dans les mains ce jour-là. À l’époque, non.

Ce billet raconte ce que j’ai compris depuis, dans l’ordre où je l’ai compris. Ce n’est pas un comparatif et ce n’est pas un conseil : c’est le parcours d’une débutante qui a mis plus de temps que prévu à faire la différence entre marcher avec des bâtons et faire de la marche nordique.

Des bâtons de marche nordique ne sont pas des bâtons de randonnée

La première chose que j’ignorais, c’est que les deux objets ne servent pas à la même chose. Un bâton de randonnée sert à encaisser : on s’appuie dessus en descente, on soulage les genoux, on cherche de la stabilité sur un terrain cassant. Il se tient par une poignée que la main enveloppe, avec une dragonne lâche qui évite surtout de le perdre quand on s’arrête pour boire.

Un bâton de marche nordique sert à propulser. La main ne serre pas la poignée : elle s’ouvre derrière le corps, et c’est le gantelet, une sangle qui enveloppe la paume et le pouce, qui transmet la poussée au bâton. La première fois qu’on me l’a expliqué, sur le chemin, j’ai refusé de lâcher la poignée pendant dix bonnes minutes. Le geste paraît contre-intuitif quand on vient de la randonnée. Il est pourtant toute la technique.

Je suis repartie du magasin avec un modèle à dragonne simple, pas à gantelet. Les deux premiers mois, je marchais donc avec des bâtons, ce qui n’est pas la même activité et ne sollicite pas les mêmes muscles. Personne ne me l’avait dit et je n’avais pas su quoi demander. Une pointe en carbure de tungstène pour les chemins, un embout caoutchouc pour le bitume : ce détail-là, en revanche, le vendeur l’avait signalé, et c’est le seul que j’ai retenu correctement.

Chaussures de marche maculées de boue sur un sentier rocailleux
Les chaussures ont pris la boue du Vercors avant que la technique ne vienne.

La technique est arrivée bien après l’achat

Ce qui a changé les choses, c’est une séance d’initiation gratuite proposée un dimanche matin par un club du secteur. Deux heures, une dizaine de participants, une animatrice qui nous a fait marcher sans bâtons pendant le premier quart d’heure pour nous faire sentir le balancement naturel des bras. Puis avec les bâtons traînés au sol, sans pousser du tout. Puis seulement à la fin, avec la poussée complète.

J’avais regardé deux vidéos en diagonale avant d’acheter. Elles montraient le mouvement final sans la progression qui y mène, et je l’avais reproduit de travers pendant des semaines : coudes trop pliés, bâtons plantés devant moi au lieu d’être posés en arrière, épaules remontées vers les oreilles. En sortant de cette séance, j’avais les trapèzes en feu et la sensation d’avoir enfin compris à quoi servait l’objet.

Une chose m’a frappée dans la pédagogie de l’animatrice : elle ne corrigeait jamais deux défauts à la fois. Elle attendait que le premier soit intégré avant de signaler le suivant. J’ai mis trois sorties à poser les bâtons correctement, deux de plus à ouvrir la main, et je travaille encore l’inclinaison du buste.

Les trois choses que j’ai corrigées ce matin-là

  • Le bâton se pose derrière le pied avant, jamais devant. Posé devant, il freine au lieu de propulser, et la poussée se perd.
  • La main s’ouvre complètement en fin de poussée. C’est ce qui relâche l’épaule et évite la crispation du cou.
  • Le buste reste légèrement incliné vers l’avant, sans casser au niveau des lombaires, le regard porté à une dizaine de mètres.

Le réglage de la longueur, ce détail que j’avais pris pour une formalité

La règle de base donne la taille multipliée par un coefficient autour de 0,66, ce qui met mes bâtons à environ 110 centimètres pour 1,67 m. Cette formule donne un point de départ, pas une vérité. En pratique, l’animatrice du club m’a fait tester trois réglages sur quelques dizaines de mètres et j’ai gardé celui où le coude formait un angle un peu ouvert, légèrement plus que l’angle droit théorique. Sur terrain très pentu, j’ai depuis l’habitude de raccourcir de deux ou trois centimètres en montée.

Un détail compte si vous achetez des bâtons télescopiques : le serrage. Les miens se sont rétractés deux fois en pleine poussée pendant les premières semaines, parce que je ne serrais pas assez le clip. Un bâton qui s’enfonce de dix centimètres au moment où on s’appuie dessus, c’est une mauvaise surprise sur un sentier humide. Depuis, je vérifie les deux clips avant de partir, geste devenu automatique au même titre que lacer les chaussures.

Le choix du matériau se discute aussi. L’aluminium encaisse les chocs et se tord plutôt que de casser. Le carbone est plus léger et transmet moins de vibrations, mais il casse net. Pour une débutante qui plante parfois ses bâtons n’importe comment entre deux cailloux, l’aluminium m’a paru le bon compromis, et je ne regrette pas.

Ce que je retire de ces six mois

Mon rythme a changé sans que je cherche à le faire. Sur le même parcours au bord du Drac, je mets aujourd’hui une dizaine de minutes de moins qu’en février, et je finis moins essoufflée. Je n’ai mesuré ni ma fréquence cardiaque ni rien d’autre, donc ce chiffre ne vaut que comme impression personnelle, pas comme donnée. Ce que je constate aussi, et qui me surprend davantage : j’ai beaucoup moins mal aux épaules en fin de journée de travail qu’avant, alors que je n’ai rien changé à mon poste.

Sur le plan général, l’Assurance Maladie rassemble ce qui est établi sur les effets de l’activité physique régulière dans son dossier Activité physique et santé, et la Haute Autorité de santé a publié des repères destinés aux personnes qui accompagnent une reprise d’activité. Je me réfère à ces sources parce qu’elles sont signées et datées, pas parce que j’aurais les moyens de les évaluer.

Si vous reprenez une activité après une interruption longue, ou si quelque chose vous inquiète dans votre dos, vos genoux ou votre souffle, la conversation utile est celle que vous aurez avec quelqu’un qui suit votre dossier de santé. Ce carnet ne peut pas la remplacer et ne cherche pas à le faire.

Si c’était à refaire

Je commencerais par la séance d’initiation et j’achèterais ensuite. Beaucoup de clubs prêtent des bâtons pour la première sortie, et deux heures d’essai en apprennent davantage que n’importe quelle fiche produit. J’aurais aussi posé une question simple en magasin : dragonne ou gantelet. Elle aurait suffi à éviter mes deux premiers mois d’approximation, et elle ne coûtait rien.

Reste une question que je n’ai pas tranchée : à partir de quel moment un investissement plus sérieux se justifie. Mes bâtons à soixante euros font le travail et je n’ai aucune envie de les remplacer. Je soupçonne que la réponse dépend davantage du nombre de sorties par mois que du niveau technique, mais je n’ai rien lu de solide là-dessus.

D’autres billets du carnet prolongent celui-ci dans la rubrique Activité physique et santé, et la page Sources et méthode explique comment je choisis ce que je cite.